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Thèse

BONN, Charles
Imaginaire et discours d'idées: La littérature algérienne d'expression française à travers ses 'lectures'
 
Lieu : Bordeaux 3,
Directeur de thèse : Robert ESCARPIT,
Année : 1972
Pages : 274 p.
Type : Thèse - 3ème cycle
Première inscription pour les thèses : ,

Notations :

Résumé:La littérature algérienne d'expression française soulève avec une particulière acuité le problème de Ia communication. Il nous a donc semblé qu'une approche globale de cette littérature - approche qui n'exclut absolument pas, bien au contraire, les études d'auteurs ou d'oeuvres particulières - ne pouvait ignorer le contexte lans lequel les textes vivent et dialoguent. Mais dans l'étude pluridisciplinaire que supposait une approche de cette littérature en tant que fonctionnement, nous avons veillé à nous éloigner le moins possible des oeuvres littéraires, qui restent I'objet central et le but final de nos recherches. <BR>La première partie de notre étude, intitulée « Structures profondes de l'imagination créatrice, est d'abord le reflet de notre dialogue personnel avec quelques textes littéraires algériens, parmi ceux qu'on a coutume de considérer comme les plus significatifs : vingt-trois romans ou récits, sept recueils de poésie, deux de théâtre, tous publiés de 1950 à 1971 inclus. Au lieu de nous attacher, dans cette première partie, à ce que Michel Foucault nommerait le « Discours d'Idées » de cette littérature, et dont la vie traditionnelle, l'acculturation, l'engagement et la guerre constituent les thèmes les plus connus, nous avons préféré dégager une sorte de structure profonde de l'espace et du temps de la création. Construction de l'espace et du temps que nous tenions d'autant plus à décrire qu'il nous semblait y retrouver quelques-unes des hantises fondamentales de notre époque. <BR>Et tout d'abord l'opposition de ce que nous avons appelé, d'une part l'espace maternel, de l'autre l'espace-temps de la Cité. La Cité, c'est la ville, certes, mais c'est aussi toute la civilisation technicienne d'aujourd'hui, qui fait perdre à l'homme le sens de ses racines et l'installe dans cette situation d'irréalité et de malaise qu'ont analysé les sociologues. Dans les romans algériens, la Cité, c'est l'univers de l'Autre, qui est souvent le colon, comme dans "La grande Maison" de Dib, "le Village des Asphodèles" de Boumahdi, ou "Nedjma" de Yacine Kateb. Quant aux racines, on a coutume d'y voir la conscience d'appartenir à une terre, à un lieu, en en même temps qu'à un groupe familial. Ici cependant, Ia terre n'a de sens qu'intégrée à un espace-temps, celui, le plus souvent, de l'enfance où règne la mère, souveraine des valeurs de l'immobilité, hors du temps de l'Histoire chez Farès ou chez Mammeri, flamme cachée, mer des origines chez Dib ou Jean Amrouche, grotte profonde de l'inceste et de la mort chez Kateb. <BR>Car l'oeuvre littéraire aux répercussions les plus profondes est justement celle qui donne voix à I'indicible. La littérature maghrébine de langue française, triplement symbole de différence, à cause de la langue lu'elle emploie, de l'écrit dont elle se sert, et des éditeurs qui la soutiennent, peut répercuter l'indicible à cause de sa différence même. <BR>Aussi est-il nécessaire de la désamorcer, et pas seulement pour des raisons politiques, mais parce qu'elle dérange les idées reçues, que nous appelons « Discours Social » à partir du moment où elles semblent plus ou moins orchestrées par la presse, la radio, la télévision et Ies programmes scolaires. Il nous a semblé non seulement intéressant en soi, mais nécessaire à la description globale du phénomène littéraire, de montrer l'image collective de cette littérature que véhicule le Discours Social.<BR>Les manuels scolaires d'enseignement du français dans le premier cycle secondaire nous fournissaient un "corpus" assez facile à cerner. On a également décrit cette littérature du Discours social dans les nouvelles publiées par "Promesses", revue littéraire du Ministère de l'Information et de la Culture. <BR>Ces nouvelles, dont nous avons analysé le contenu et la structure, se ressemblent toutes plus ou moins. Or cette répétition docile semble bien être encouragée par les directives même qu'applique le comité de rédaction de la revue, ou celui qui choisit les textes primés aux différents concours. <BR>Plus proches de la vie citadine vécue sont les nouvelles que publie l'hebdomadaire algérois, "Algérie-Actualité". Pourtant si celles que nous avons étudiées (celles de janvier 1970 à avril 1971) effleurent les problèmesde la société algérienne actuelle, aucune de ces nouvelles, ou presque, ne pose véritablement ces problèmes d'une manière autre que stéréotypée.<BR>Les "lendemains du langage" que réclame Bachir Hadj-Ali s'annoncent cependant dans la thématique, tout comme dans la violence verbale de jeunes poètes dont Jean Sénac a courageusement publié quelques textes dans sa récente "Anthologie de la nouvelle poésie algérienne", également décrite ici.<BR>Reste que sans lecteur il n'est pas de littérature, et nous avons montré en commençant combien ce problème était critique pour la littérature algérienne d'expression française. Une enquête dont nous n'avons pu encore utiliser tous les résultats nous a permis de préciser quelques-unes des conditions d'un éventueI fonctionnement littéraire en Algérie. <BR>Le fait d'écrire et de lire dans une langue autre que celle dans laquelle on parle est certes une des raisons de la quantité extrêmement faible de livres lus par les personnes interrogées. Mais nous constatons que le taux de lecture n'augmente que très peu avec le niveau d'instruction et de pratique de la langue française. Les moyens ludio-visuels de communication de masse se développent alors que la lecture n'a encore aucune implantation dans les habitudes collectives, et ne répond à aucune tradition. Dans ces conditions, Ies Iivres qui nous occupent ne bénéficient guère d'une lecture autre que scolaire. <BR>La parole critique et l'effraction dans les domaines tabous sont au contraire ce que les personnes interrogées attendraient le plus des écrivains algériens d'aujourd'hui sans savoir le plus souvent qu'elles existent déjà. On se trouve donc dans une curieuse situation ; si le public a, ici moins qu'ailleurs. une très faible habitude de la lecture, s'il ne connaît de sa littérature nationale qu'une image stéréotypée, il valorise par contre énormément le livre, et réclame le discours critique sur soi, qui est justement la caractéristique essentielle de la littérature exilée dont nous parlions en fin de première partie. Seule cette littérature pourrait installer en Algérie des habitudes de lecture, d'où jaillirait une création renouvelée. Son atout est paradoxalement, en ce moment encore, de s'exprimer en français.<BR>