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Rachid Boudjedra :  Cinq fragments du désert

Mercredi 27 décembre dans la petite salle de la cinémathèque algérienne, une rencontre a été organisée avec Rachid Boudjedra qui présentait une nouvelle œuvre Cinq fragments du désert. Ses  éditeurs Selma Hellal et Sofiane Hadjhadj, représentant la jeune maison d’édition Barzakh, ont introduit le sujet et l’auteur en expliquant quels étaient leurs projets de publication et comment ils avaient été reconnaissants à l’auteur de Fascination de leur avoir fait confiance en écrivant, à leur demande, ce petit texte poétique. Celui-ci a répondu en rappelant les nombreux problèmes rencontrés pour la publication en Algérie de Timimoun et de Fis de la haine et il a ajouté qu’il lui paraissait naturel d’aider de jeunes éditeurs à se lancer.

Le texte de Rachid Boudjedra est partagé, comme l’indique le titre, en cinq parties correspondant à cinq épigraphes de Saint John Perse où il est question du désert et il s’agit, l’auteur insiste, du désert algérien puisqu’il est question de Numides :

Cette grosse clameur sourde par le monde et qui s’accroît soudain comme une ébriété..               

A la poursuite sur le sable de mon âme numide. »

                                                                            Saint John Perse Exil, Fragment I

Les cinq fragments sont donc donnés en réponse aux vers de Saint John Perse, mais ce que recherchent surtout Boudjedra et ses éditeurs c’est  prendre le contre pied  des idées reçues pour reconstruire une autre image du désert plus proche de la réalité.

On retrouvera donc ici et là , des phrases qui expriment ce souci de contredire les préjugés  et surtout l’idée que c’est le désert est le lieu de la rencontre avec le divin. Ainsi on trouve :

Maisons de poupées et de ferveur où l’homme n’a pas à chercher Dieu (p. 32)

Le Sahara n’est pas un désert. Il y a là des mosquées où les escaliers ne mènent nulle part , pas même à Dieu (p. 57)

Mais où est Dieu ? Nulle part. (p.84)

Il y a également la représentation d’une réalité  moderne :

Au rythme des chamelles dédaigneuses et lentes ou au rythme des 4x4 qui regimbent quand même à escalader cette accumulation de néants. (p. 34)

 L’auteur l’a dit clairement au cours de cette rencontre et le texte le transmet sans ambiguité : si le désert n’est pas le lieu de la rencontre avec Dieu, il est cependant, pour la plupart des hommes, l’occasion d’une étonnante expérience mystique. Et Boudjedra de réaffirmer sans que cela lui paraisse paradoxal, son athéisme mais l’influence primordiale du texte coranique sur son oeuvre et plus spécialement des sourates de La Mecque dont il célèbre la beauté et la modernité.

 On aura donc compris que, dans ces poèmes en prose, l’intertextualité est fortement présente comme dans toute l’œuvre de cet auteur. Saint John Perse, Adonis, Lorand Gaspar, El Hallaj et Jean Sénac, le frère en littérature,  sont évoqués, cités, commentés  attestant comme l’a dit Boudjedra au cours de la rencontre,  de ce partage,  de cet échange qu’il veut offrir à ses lecteurs par bonté, pour faire connaître les maîtres qu’il admire tant.

Dans ces petits poèmes « qui veulent réfuter tous les mirages », apparaît une vision un peu moins convenue du désert, pour  cet écrivain  confirmé qui avoue que c’est le lieu où il est le plus malheureux mais aussi le plus heureux  et  surtout que c’est là, dans ces immensités qu’il décrit comme peuplées, qu’il croit en  quelque chose .

                                                                                             Amina Bekkat

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